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INTRODUCTION

Cette étude répond principalement à trois objectifs. Depuis le deuxième recensement de la population et de l’habitat de1990, les données socio-démographiques sur le Burundi sont doublement devenues obsolètes :

-          d’une part, il s’est écoulé une période suffisamment longue pour justifier un troisième recensement ou une grande enquête qui en tienne lieu,

-          d’autre part,  les pertes tant matérielles qu’humaines résultant de la crise socio-politique actuelle qui dure depuis  plus de six ans,  sont telles que les données agrégées, autant que les principaux indicateurs socio-démographiques ont été bousculés,  et les méthodes classiques d’ajustement ou de projection se trouvent démunies face à la prolongation et à la complexité de cette crise.

        

Certes, le rapport sur le développement humain du Burundi qui vient d’être publié pour une deuxième fois consécutive, reprend une série d’indicateurs, mais la laborieuse méthodologie mise en œuvre pour son élaboration, ne doit pas nous faire oublier qu’elle repose en fin de compte sur des données brutes  mal maîtrisées puisque constamment bouleversées.

A la suite de cette crise, tout se passe aujourd’hui comme si pour certains indicateurs, on avait besoin  d’une série double constituée des indicateurs socio-démographiques relatifs à la population restée chez elle et moins affectée par cette crise d’une part, et de l’autre, des indicateurs semblables relatifs à la population sinistrée. De fait, la suite du texte montrera que pour certains indicateurs qui ont pu être mesurés comme le rapport de masculinité, l’Indice Synthétique de Fécondité( ISF), le taux de mortalité infantile, etc., les niveaux sont différents pour les populations sinistrées et  le reste de la population.

 Ce travail s’inscrit donc dans une perspective de disponibilisation des données socio-démographiques de la population sinistrée. Avec l’étude qui vient d’être faite parallèlement sur les caractéristiques socio-démographiques de l’échantillon  de l’Enquête prioritaire 1998 [1] , elles ne comblent certes pas le manque de données socio- démographiques de plus en plus ressenti par les chercheurs et utilisateurs potentiels de ces données, mais elles constituent de ce point de vue un palliatif utile.

Cette étude rentre en outre dans le cadre du travail préliminaire aux analyses sectorielles [2]   réalisées en février –mars 2000, et dont les résultats devaient servir de base aux débats en cours, devant  ultimement conduire à la rédaction du document de projet de Déclaration  de la Politique Nationale de Population.

Par rapport aux populations sinistrées elles-mêmes, le manque de données détaillées et régulièrement actualisées, donnant une photographie périodique de la situation des personnes sinistrées, est un constat largement partagé dans le monde des chercheurs et des utilisateurs potentiels des données socio-démographiques. Si la multiplication des études sur les sinistrés [3] a permis de se mettre d’accord sur la typologie des personnes sinistrées et les définitions associées à chacun des groupes identifiés, la quantification faite depuis 1994 suivant un schéma quasi-standard qui, permet un suivi de la situation en termes du nombre de sites, de ménages et de sinistrés, cache de plus en plus mal ses insuffisances. De ces données,  on ne peut extraire que   le nombre moyen de personnes par ménages et la population moyenne par site, sans plus.

En dépit de  la relative  multiplicité des travaux, la  pluralité des objectifs poursuivis, le caractère fluctuant de la population sinistrée, la persistance de certaines imprécisions méthodologiques, gênent les comparaisons  des situations périodiques. N’ayant pas nécessairement les mêmes objectifs, il est normal que les variables retenues pour les différentes  recherches varient d’une étude à l’autre, et cette diversité d’objectifs engendre à coup sûr une diversité d’orientations méthodologiques, mais également une dispersion de la connaissance qu’elles contribuent pourtant à enrichir.

Le manque d’un système de collecte de données approprié pouvant faire rapidement état de fréquentes modifications de situations de la « carte des sinistrés » qui se modifie selon trois scénarios [4]  était déjà ressenti comme un handicap par les divers intervenants qui, jusqu’ assez récemment n’arrivaient pas à faire une bonne identification  des besoins, de la nature des interventions à faire,  du moment, du comment et avec quels moyens les faire [5] . Cette préoccupation est à l’origine de la mise en place d’un système de gestion de la base des données des sinistrés sur site au Burundi (SGBDS) qui, en plus d’une première publication méthodologique, en est aujourd’hui à sa troisième mise à jour, les différentes éditions présentant les tabulations des résultats disponibles à quelques mois d’intervalle [6] . Cette étude sur les données fournies dans ce cadre, qui ont le mérite d’être assez riches, assez diversifiées, périodiquement renouvelées et présentées suivant un format qui permet quelques comparaisons.

Du fait de l’insertion de nouvelles variables tenant compte de la demande des intervenants en fonction des besoins d’information constatés en rapport avec les actions en cours ou en vue, cette étude intègre une série  d’indicateurs relatifs à l’environnement économique des sinistrés, à leurs besoins, ainsi qu’ aux possibilités d’accès aux infrastructures et services sociaux. Pour la première fois, des variables nouvelles comme l’âge des sites peuvent être intégrées dans l’analyse, de même qu’une nouvelle dimension  liée aux perspectives d’établissement est progressivement introduite dans l’approche.

Cette étude souffre néanmoins de deux faiblesses :certains indicateurs sont calculés sur base d’échantillons  de sites, ce qui pose des problèmes d’inférence, le site moyen n’existant pas. De même, certains formats de données n’étant pas encore disponibles, ils n’ont pas  été mis à contribution, alors qu’ils auraient contribué à enrichir la réflexion.

Cette  étude s’articule sur  quatre chapitres: le premier  chapitre est un essai de quantification dynamique de la population sinistrée, qu’il replace dans ses sites et provinces, en essayant  de reconstituer le rythme de production des sinistrés. Le deuxième est  une analyse des structures  de la population sinistrée et envisage notamment la structure par âge et par sexe, la configuration  matrimoniale et les grands traits du paysage ménager. Le troisième chapitre analyse les conditions de vie des populations sinistrées. Après avoir dressé un bilan sommaire des destructions des biens tant publics que privés,  il replace les sinistrés dans leur environnement économique marqué essentiellement par la précarité des conditions de vie résultant de la dévastation des infrastructures et des habitations privées, mais également par l’impossibilité d’une importante partie de ces sinistrés à réintégrer leurs biens et regagner leur cadre de vie normal. En outre, le chapitre passe en revue une série d’indicateurs de détresse matérielle de ces sinistrés. Le dernier et quatrième chapitre, qui est corollaire au précédent  revient rapidement sur les besoins existentiels des sinistrés parmi les plus fondamentaux et, essaie de voir dans quelle manière le gouvernement et les autres intervenants divers, notamment les organismes du système des Nations Unies et les ONG essayent d’alléger les souffrances de ces sinistrés par octroi des aides de différentes natures. 

Pour terminer cette introduction, faisons quelques mises au point :

-          même si le tableau n°1 faisant état du nombre de sinistrés jusqu’en septembre 1999 inclue les regroupés de la province de Bujumbura, les données qui serviront de base aux différentes analyses sont celles publiées dans les différentes mises à jour réalisées dans le cadre du  SGBDS qui reprennent des données antérieures à ce rgroupement.

-          étant donné que la province de Mwaro est de création récente, elle sera rarement reprise sur les différents tableaux présentant les données par provinces, les données qui lui sont spécifiques restant dans celle de Muramvya  dont elle est issue. Enfin, sur les différents tableaux nous écrirons Mairie à la place de mairie de Bujumbura, et Bujumbura à la place de Bujumbura rural,  cette première dénomination étant par ailleurs plus conforme à la loi, du moins  pour Bujumbura.



[1] Gapiya, G., Enquête prioritaire 1998. Caractéristiques socio-démographiques de l’échantillon, Bujumbura, février 2000, inédit.

[2] Ces analyses ont porté sur une dizaine de thèmes relatifs à la problématique Population-Développement, comme la santé, l’éducation, l’emploi, l’environnement, l’aménagement du territoire, la sécurité alimentaire, etc.

[3] Voir notamment à ce sujet, APF/UPP, Etude sur la situation de la femme sinistrée, Manirambona, S., Les conséquences de la crise socio-politique sur les femmes et les enfants sinistrés : quelques aspects socio-juridiques, n° des Cahiers démographiques du Burundi, n°9, Bujumbura, juillet 1996. ; Ngayimpenda, E., Crise socio-politique et déstructuration des ménages au Burundi, n° des Cahiers démographiques du Burundi, n°13, Bujumbura, mars 1999.

[4] Evénement entraînant l’ouverture d’un nouveau site, gonflement ou rétrécissement d’un  site déjà existant, départ massif d’une population entraînant, soit le rétrécissement, soit  la disparition d’un ou de plusieurs sites,.

[5] MRRDR /UNOPS, SGBDS. Tome 1, Manuel de guide relative à la méthodologie et l’organisation de la collecte des données sur le terrain, élaboré par Ngendakumana, V., octobre 1998.

[6] Une base de données créée dans le cadre de ce SGBDS est disponible au siège du Programme  Cadre d’Assistance aux Communautés de base au Burundi (PCACB).

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